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Océanite tempête
Océanite tempête
Avec ses 25 grammes, son plumage noir qui se fond dans la nuit et ses mœurs discrètes, l’Océanite tempête de Méditerranée est sans conteste l’oiseau marin le plus discret des Calanques… si bien qu’on a cru ses populations disparues des archipels marseillais. Si la trace de cet oiseau a semblé un temps perdue, la preuve de sa présence (ou de son retour ?) est aujourd’hui là, grâce au suivi mis en place par le Parc national des Calanques. Le printemps approchant, l’Océanite sera bientôt revenue d’un long séjour en mer pour venir se reproduire sur nos îles…

 

Oiseau marin de poche

L’Océanite tempête de Méditerranée, Hydrobates pelagicus melitensis, est l’oiseau marin le plus petit d’Europe : sa longueur est comprise entre 14 et 17 cm et son envergure entre 36 et 39 cm. Un oiseau de poche qui tient dans la main d’un adulte. Son plumage, entièrement noir-brun, est barré d’une bande blanche à la base du croupion. Cette bande est légèrement plus large chez les femelles, seule distinction notable entre les individus des deux sexes. Ces yeux sont du même brun foncé que son plumage. Son bec, d'un noir plus soutenu, est court et pourvu de narines tubulaires qui permettent à l'oiseau de rejeter l’eau de mer quand il s’alimente.

Océanite tempète
Océanite tempête en vol direct © Jean-Patrick Durand, Parc national des Calanques
Océanite tempète
Océanite tempête effleurant la surface de l'eau © Jean-Patrick Durand, Parc national des Calanques
Océanite tempête
Océanite tempête effleurant la surface de l'eau © Jean-Patrick Durand, Parc national des Calanques

Comme un papillon évoluant sur le miroir de l’eau. L’Océanite est capable de vol direct et rapide mais l’espèce révèle toute sa grâce lorsqu’elle virevolte au ras de l’eau. Rappelant le vol fragile d’un papillon, elle change continuellement de cap. Dans cette danse virtuose, l’oiseau frappe parfois la surface de coups de pattes, donnant alors l’impression de rebondir sur l’eau.

 

Écologie et phénologie

Le régime de l’Océanite est entièrement pélagique. Les petits poissons constituent la base du menu. Ils sont agrémentés de zooplanctons, de crustacés et de petits céphalopodes. Pour trouver des proies, l’Océanite peut plonger jusqu’à 5m de profondeur. 

L’espèce se reproduit d’avril à octobre. Pendant cette période, elle niche sur des petits îlots de la Méditerranée où elle s’installe sous des blocs, dans des terriers ou des fissures en falaise. Un seul œuf est pondu par la femelle. Les journées sont passées principalement en mer, les adultes ne revenant à terre qu’à la nuit tombée. Ces mœurs, discrètes et nocturnes, rendent l’observation de l’espèce particulièrement difficile. 

Le reste de l’année, l’Océanite vit en mer, sans poser ses pattes à terre. Contrairement à sa cousine des côtes Atlantiques, qui rejoint l’Afrique lors de sa période internuptiale, l’Océanité tempête de Méditerranée reste fidèle à la grande bleue. Seuls quelques individus ont été occasionnellement croisés sur les côtes portugaises de l’Atlantique.
 

L’oiseau-tempête. Le terme "tempête" a été accolé à l’espèce à cause d'anciennes croyances, selon lesquelles cet oiseau était un annonciateur de tempêtes, car il a tendance, par gros temps, à se rassembler dans le sillage des navires, où la mer est plus calme. Une autre croyance était que ces oiseaux rassemblés derrière les navires lors des tempêtes étaient les âmes des marins perdus en mer.

 

Populations en déclin

Du fait de ses mœurs discrètes (difficile d’observer un minuscule oiseau noir dans la nuit…), les populations de l’espèce sont mal connues. En 2012, les effectifs totaux étaient estimés entre 10 000 et 15 000 couples à l’échelle de la Méditerranée. Un chiffre considéré en baisse. 

Les Baléares, Malte et les îles de Sicile et de Sardaigne comptent les plus grandes colonies. En France, la présence de l’espèce est documentée depuis le XIXème siècle sur les îles de Marseille, l’archipel d’Hyères et quelques îles de Corse du Sud. L’espèce s’est raréfiée à partir des années 1960, jusqu’à disparaitre complètement des îles d’Hyères. Sur les îles de Marseille, quelques couples semblent être parvenus à se maintenir. Les raisons de ce déclin sont à chercher du côté de la prédation des œufs et poussins par le Rat noir et possiblement à celle des adultes par le Goéland leucophée.

 

 

Suivi scientifique de l’espèce

En lien avec un meilleur contrôle des populations de goélands et de rats noirs amorcé au début des années 2000, le Parc national des Calanques s’est donné pour objectif d’améliorer les connaissances sur cette espèce, classée vulnérable sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France Métropolitaine.

Historiquement, la connaissance de l’espèce s’est construite sur la prospection des sites potentiels de reproduction, à savoir des falaises présentant des fissures ou des zones riches en chaos rocheux. Aussi discrète soit-elle, l’océanite laisse des traces olfactives de son passage ! L’espèce dégage en effet une odeur qui ne trompe pas et qui imprègne les terriers y compris en pleine journée quand la colonie est de sortie en mer. 

Des méthodes plus modernes permettent aujourd’hui de faciliter l’étude de l’espèce. Depuis 2023, le Parc national a ainsi initié un suivi acoustique passif. Grâce à un réseau de capteurs sur des sites de reproduction connus ou potentiels, les scientifiques ont accès à des données collectées au quotidien qui permettent d’en savoir plus sur la présence et la vie de la colonie. En complément, des pièges-photos, dont sont issues les images ci-dessus, permettent de mieux évaluer l’activité et l'écologie de l’espèce (date d’arrivée et départ des oiseaux sur colonie, vocalisation, temps de résidence, accouplements, conflits, survie des œufs et des poussins, présence de prédateurs...). L’acquisition de jumelles thermiques permet enfin de réaliser des sessions d’observation de nuit plus efficaces.

L’ensemble des données recueillies ces dernières années a permis, en 2025, la mise en place d’un véritable suivi scientifique sur la reproduction des populations présentes sur les îles de Marseille. Reconduit chaque année, ce protocole permettra de savoir si l’espèce parvient à se maintenir dans les Calanques et si elle peut bénéficier de mesures de gestion en cours, comme le renforcement de l’effort sur le contrôle des populations résiduelles de rats sur l’archipel de Riou. A ce jour, la population d'Océanites des Calanques est estimée à une dizaine de couples.


Source URL: https://calanques-parcnational.fr/node/17194